« Hans op De Beeck : Nachtreis »

L’artiste plasticien belge (1969, habite et travaille à Anderlecht) nous propose une balade tout à fait particulière dans un paysage abandonné et mystérieux, où ses personnages et ses sculptures monochromes grises, figées dans le temps semblent recouvertes d’une fine couche de cendres. 

Un travail qui invite dans un premier temps à arrêter le temps, à le contempler pour ensuite l’écouter et apprécier la poésie du quotidien d’où surgissent une certaine beauté empreinte d’une tout aussi certaine dose d’émotion. On connaît sa démarche depuis une vingtaine d’années. N’empêche que retrouver ici cet univers nous procure autant de plaisir que de curiosité, car derrière cette beauté aussi implacable que son gris est hermétique, Hans op De Beeck crée une atmosphère sombre voire énigmatique… annonciatrice d’une perturbation imminente ? 

Les expressions tranquilles des personnages aux yeux fermés, les natures mortes, les objets, les animaux, l’architecture des constructions nous incitent à regarder au-delà de l’apparence, d’explorer notre subconscient où l’artiste aimerait que l’on y retrouve un certain réconfort. 

En nous immergeant dans son univers, entre la familier et l’inconnu, Hans op De Beeck nous convie à un voyage hors du commun : 

Confrontée au silence qui envahit les visiteurs qu’on entend à peine chuchoter pendant leur visite, j’ai aimé ce que l’artiste écrit dans le petit livre explicatif : 

« L’atmosphère qui entoure une sculpture et plonge un espace est le moyen de nous amener à un état d’esprit, à une expérience et à un questionnement. La simulation – l’imitation littérale et colorée du monde tel qu’il est – ne m’intéresse pas en tant que créateur. Ce que j’essaie de faire, c’est d’évoquer : générer une ambiance équilibrée en interprétant tout dans la forme, la couleur et la matière. J’essaie de créer une fiction visuelle feutrée, qui montre discrètement ce qu’il y a entre les lignes et sous la surface de la réalité. »   

J’ai été séduite par entre autres :

  • les petites fleurs roses du Blossom Tree (2019), dans la droite ligne des peintures japonaises traditionnelles et des jardins du bouddhisme zen 
  • L’apparence pétrifiée du Seascape (2022), une œuvre magistrale entre toutes
  • le Roe Deer (2018) des contes de fée surpris par notre présence
  • la nature morte Vanitas XL (2021) pour rappeler la fragilité et la vanité de toute existence humaine 
  • la Sleeping Girl (2017), à la fois touchante et vulnérable représentée dans le monde du sommeil et des rêves, entre absence et présence
  • Lauren (2016), l’une des rares représentations de ses enfants, symbole de l’enfance de l’artiste où il jouait au fil, ce jeu universel auquel on s’est tous livré, etc. 

sans même vous parler encore des impressionnantes installations « The Boatman » (2020) et « The Settlement » (2016), du carrousel « Danse Macabre » (2021) déjà vu auparavant et, du film « Staging Silence » (2019) dans lequel, pendant 45’, deux paires de mains anonymes construisent et déconstruisent des intérieurs et des paysages fictionnels, au risque de vous en dire trop… 

Bref, courez ‘vivre’ cette expérience artistique immersive de (très) haut vol.  

Texte Virginie de Borchgrave

Photos Michel Mabille 

Jusqu’au 17 août 2025

www.kmska.be